GUILHOU Nadine
  1. Comment vous est venue la vocation de l’égyptologie ?

 

Contrairement à la plupart de mes collègues, je n'ai pas eu de vocation de l'égyptologie ! Après mon bac, je suis rentrée en hypokhâgne avec l'intention de mener en parallèle des études de Lettres Modernes à l'université. Mais voilà : c'était juste après 68, et j'ai découvert qu'il y avait à la fac un enseignement d'Histoire de l'art. J'ai donc abandonné l'hypokhâgne et j'ai commencé à suivre, en même temps que mes études de Lettres Modernes, des études d'Histoire de l'art et archéologie. J'ai commencé par l'art contemporain, qui était ce qui m'intéressait le plus. J'ai continué avec la Préhistoire, qui m'a fascinée, et suivi un cours de sculpture romane. Sur ces entrefaites s'est créée la chaire d'égyptologie à Montpellier. Je suis allée à la réunion d'information, et là, Monsieur Daumas disait : « Non seulement il faut avoir fait de l'anglais, de l'allemand, du grec et du latin, mais il est souhaitable de connaître l'arabe, l'hébreu et le berbère ». Je me suis dit, ma fille, ça n'est pas pour toi. J'avais bien fait anglais et latin, mais pas le reste ! Je me suis quand même inscrite l'année suivante à l'UV de civilisation, tout en commençant à suivre les cours de grec (que j'avais obstinément refusé de suivre au lycée !). Et là, M. Daumas nous dictait et nous commentait les traductions du temple de Dendara. C'était très frustrant, car il s'adressait sans cesse aux autres, qui suivaient les cours de langue depuis l'année précédente, en leur précisant de quel mot égyptien il s'agissait, etc. (ce que je fais moi-même maintenant, bien sûr !). L'année suivante, je me suis inscrite au cours d'épigraphie et j'ai commencé l'allemand, indispensable également pour l'histoire de l'art et archéologie de la Grèce et du Proche-Orient. Je me suis dit : tant pis pour l'hébreu, l'arabe et le berbère !

Et après, bien sûr, je suis tombée dedans. Pendant deux ans, l'enseignement se bornait à la grammaire (Gardiner,  à l'époque) et à de la langue classique. Et en 3e année, j'ai déboulé dans le cours commun, avec tout à la fois : hiératique, ptolémaïque et copte !  Ce n'était pas évident.

Entre temps, j'avais terminé une maîtrise de Lettres Modernes et une maîtrise d'Histoire de l'art, qui s'appelait alors « Maîtrise spécialisée d'Histoire régionale ». J'avais à cette occasion étudié la collection de céramique géométrique grecque du Musée de Nîmes. Alors, quand j'ai voulu faire une maîtrise d'égyptologie, M. Daumas m'a dit : « C'est idiot. Vous en avez déjà deux. Inscrivez-vous plutôt en doctorat de IIIe cycle ». En fait, à ce stade, j'ai hésité entre la céramique grecque, et en particulier la période géométrique, et l'égyptologie. Ce qui m'a décidée, c'est que je partais pour deux ans en Algérie avec mon mari qui faisait son service national dans la coopération, et qu'il était plus simple de partir avec une grammaire et un dictionnaire sous le bras que de travailler sur un sujet qui nécessitait une véritable bibliothèque. J'avais choisi, parmi les sujets proposés par M. Daumas, le Livre de la Vache céleste, dont il n'existait alors que de vieilles traductions, la plupart du temps incomplètes. Je notais tout ce qui demandait une étude plus approfondie et des références et aux vacances scolaires, j'allais passer une semaine à la bibliothèque. J'avais aussi, à la fac, ma sœur, que j'avais entraînée dans l'aventure, et qui pouvait
vérifier des références.

Donc, comme vous voyez, je suis venue à l'égyptologie par un concours de circonstances.

 

Quel est votre parcours ?

 

J'ai déjà répondu, en fait. Mon parcours est, avec un décalage d'un an, études de Lettres Modernes, d'Histoire de l'art et d'archéologie, puis Egyptologie. Du point de vue professionnel, j'ai commencé comme chargée de cours à l'Université Paul-Valéry, sur un poste vacant de Nicolas Grimal. Je me suis beaucoup investie dans toutes les associations égyptologiques locales, qui se montaient peu à peu. Après plusieurs années d'emploi en CDD à la bibliothèque d'égyptologie (où nous avons, en particulier, Marguerite Morfin et moi-même, rentré et inventorié le fonds Daumas), j'ai été titularisée sur concours sur un poste d'ingénieur d'études. J'ai participé aux projets d'équipe successifs : catalogue des valeurs phonétiques des signes ptolémaïques, projet autour de l'Univers végétal, dirigé par Sydney Aufrère. Maintenant, comme tous mes collègues de Montpellier, je travaille davantage en solitaire, même si je participe au projet de Bernard Mathieu sur l'univers des Textes des Pyramides.     

 

Quelle est l’orientation actuelle de vos recherches ?

 

Je m'intéresse essentiellement, et depuis le début, aux textes religieux et funéraires : Textes des Pyramides, des Sarcophages, Livre des Morts, sarcophages des XXIe et XXIIe dynasties, et astronomie égyptienne. Bien sûr, comme j'ai fait mes études à Montpellier avec François Daumas comme professeur, je continue à m'intéresser aux textes et à l'écriture de l'époque ptolémaïque et romaine, qui peuvent souvent apporter un éclairage sur des documents plus anciens.

Publié le 31/08/2013




BY ANKAA