RONDOT Vincent

Vincent Rondot est, depuis le 1er mars 2014, le directeur du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre.

Depuis 2000, il fouille le site d'El Hassa près de Méroé au Soudan. Le 31 mai 2014, il est venu nous livrer ses dernières découvertes archéologiques.

 

  1. Comment vous est venue la vocation de l’égyptologie ?

 

C’est une passion enfantine qui est née vers l’âge de 10 ans, avant les cours de 6e.  Elle ne m’a pas lâché ensuite et s’est transformée, peu à peu, en une formation, une thèse et un métier.

 

Quel est votre parcours ?

 

Ce sont, d’abord, des lettres classiques en classe préparatoire pour préparer le concours de la rue d’Ulm. Ensuite, j’ai commencé un parcours d’égyptologie à la Sorbonne, à Paris. J’ai suivi les cours du professeur Barguet en licence et maîtrise. Là, je suis rattrapé par le service militaire et j’ai la chance inespérée de pouvoir partir en Egypte comme coopérant en tant que professeur de français. Ces deux ans vont être mis à profit pour commencer des travaux d’égyptologie au Centre Franco-égyptien de Karnak. Là, je peux être confronté à la réalité du terrain et à des archéologues ou des savants comme Michel Azim ou Claude Traunecker qui ont beaucoup compté dans ma formation à ce moment-là. Ensuite, une autre personne a beaucoup compté : Jean-Claude Goyon puisque, à mon retour, il a accepté de diriger mes sujets de DEA et de thèse qui concernaient du matériel de Karnak à savoir les architraves de la grande salle hypostyle. Du coup, je me suis retrouvé étudiant à l’université de Lyon II sous la direction du professeur Jean-Claude Goyon et, ainsi, j’ai un doctorat de l’université Lyon II.

Ensuite, j’apprends que l’Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire cherche un secrétaire
scientifique pour le directeur qui, à l’époque, était Mme Posener. Elle avait souhaité faire appel à un étudiant en cours de thèse pour lui assurer son secrétariat administratif et la seconder dans les tâches scientifiques. Par exemple, à l’époque, il n’y avait pas de service des éditions. C’était le directeur de l’IFAO qui faisait le BIFAO. J’ai été pris. Ainsi, j’ai été pendant quatre ans secrétaire du directeur ; et, ce fut le tremplin pour ma nomination comme pensionnaire à l’IFAO que j’ai été jusqu’en 1993.

Revenu en France, je suis tenu au courant du fait que le musée du Louvre cherchait une personne pour faire le lien entre la conservation et les intervenants extérieurs pour le redéploiement des collections dans le cadre du projet Grand Louvre. Finalement, je suis recruté pour une aventure de cinq ans à participer à la réfection du département des antiquités égyptiennes, jusqu’à l’inauguration le 19 décembre 1997. Entretemps, j’avais été recruté par le CNRS en octobre de la même année. Se terminent donc ces années d’incertitude. Depuis, je suis donc chercheur au CNRS.

En 1998, je pars pour la première fois au Soudan car le laboratoire dans lequel j’étais inscrit, celui de Lille, avait une tradition d’archéologie soudanaise. Me voilà donc parti fouiller les habitats Kerma dans la région de Dongola alors que j’étais un épigraphiste qui se spécialisait, de plus en plus, vers l’archéologie des temples ptolémaïques et romains. Mais, ce fut très intéressant. J’ai découvert le Soudan. Du coup, on a fait appel à moi pour ouvrir une fouille méroïtique près des pyramides de Méroé, à El Hassa. J’ai accepté. Et, quelques années après, j’ai été candidat pour le poste de directeur de la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan (SFDAS) que j’ai tenu de 2004 à 2009.

Depuis le 1er mars 2014, je suis nommé directeur du département des antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

 

  1. Quelle est l’orientation actuelle de vos recherches ?

 

Je m’intéresse de plus en plus au fait religieux tardif, ptolémaïque et romain. Mais je l’étudie plus particulièrement du point de vue de l’iconographie religieuse. Elle est riche en Egypte et j’ai beaucoup travaillé dans le Fayoum où est né cet intérêt. J’ai publié le temple du dieu Soknebtynis à Tebtynis. J’ai alors découvert des documents qui m’ont encouragé à chercher dans cette direction. Ainsi, j’ai fait mon habilitation à diriger des recherches en 2010 sur ces questions : derniers visages des dieux dÂ’Egypte : iconographies, panthéons et cultes dans le Fayoum hellénisé des IIe-IIIe siècles de notre ère. L’ouvrage est imprimé. Je continue à exploiter ce filon autant en Egypte qu’au Soudan ; et d’essayer d’entrevoir comment les Egyptiens et les Méroïtes s’accommodent (ou pas) de l’hellénisation qui caractérise l’empire romain. Tout d’un coup, des dieux arabes sont représentés comme Dionysos, des dieux gaulois sont représentés comme Héraklès, des dieux d’Anatolie comme Zeus. Qu’en est-il en Egypte de ce phénomène ? Est-ce que l’on consent (ou pas) à représenter des dieux égyptiens plurimillénaires sous les habits de Zeus, d’Héra, de Vénus ou d’Aphrodite ?

 

Publié le 06/09/2013




BY ANKAA